Après 21 ans de service, l’XJS est « au bout de sa life ». Chez Jaguar on est conscient qu’il faut renouveler le coupé haut de gamme de la marque apparu tout de même en 1975. Voici l’histoire de l’XK8, le premier coupé cabriolet V8 produit par la firme anglaise.

Par Roland Borghini

Mars 1996, cela fait deux décennies que l’XJS domine le monde des coupés. Enfin domine, il ne faut pas exagérer non plus. Dans la galaxie des autos qui volent autour des 100.000 € on se bat pour le leadership entre Maserati 3200, BMW série 6, Aston Martin DB7 et Porsche 911. Et même parvenue au bout de sa dernière évolution (la XJR-S dans sa version 6 litres atteindra 318 ch) l’XJS ne fait trop d’ombre à la grenouille de Stuttgart. L’XJS reste cependant le coupé de la marque le plus vendu de l’histoire avec 115.400 exemplaires. Une seule certitude, après trois restyling, le vieux Big Cat a fait aussi son temps. Mais pas sa plateforme qui n’a jamais démérité. C’est donc sur cette base que sera fabriquée sa remplaçante l’XK8. Sa sœur l’Aston Martin DB7 l’a déjà utilisé, c’est bon signe. Seul le plancher de l’XJS a été conservé, les soubassements arrières sont nouveaux. 

Design XK8

Coté look, l’XK8 reprend un peu les codes du célèbre capot de la E et pour certains observateurs, elle singe les phares de sa devancière ainsi que son arrière busqué à « fesses hautes ». Il faut quand même avoir beaucoup d’imagination pour déceler des similitudes entre cette nouvelle carrosserie très marketté et le dessin révolutionnaire imaginé par Malcom Sawyer en 1961. De l’avis de tous, l’XK8 – parfois désignée par son code produit X100 –  est malgré tout assez réussie. La voiture est dessinée par Fergus Pollock, sous la direction de Geoff Lawson, et le directeur de projet l’ingénieur Bob Dover, qui deviendra par la suite Président de Jaguar. C’est évidemment une quatre places luxueuse très habitable où règne le cuir et le bois. Le tableau de bord est « full woody » et dans certaines livrées presque noir ébène. C’est magnifique. On retrouve encore la boite de vitesse automatique ZF 5 vitesses électronique avec sélecteur en J permettant de shiffter les rapports comme sur une boite mécanique. Elle est accouplée au V8 d’origine Ford qui anime depuis quelques années la Berline XJ8 https://www.tea-cerede.com/jaguar-x300-retour-aux-sources/ mais proposé en une unique cylindrée le 4 L munie d’un nouveau système permettant un réchauffement rapide à froid. La suspension arrière provient de la berline X300 tandis que l’avant est toute nouvelle. Ça tombe bien, elle a moins de poids à supporter puisque le V8 est certes moins puissant que son ancêtre le V12 jaguar, mais il est aussi beaucoup plus léger. Le premier V8 de toute l’histoire de la marque est un bloc tout alu double arbre à cames en tête développant 290 ch. On est loin de son aïeul Daimler de 2.5 l déjà inspiré d’un moteur Cadillac dans les années 60. Très vite, la marque considère que cette puissance n’est pas suffisante pour briller face à la concurrence. Elle fait donc équiper son moteur d’un compresseur Eaton ce qui a pour effet de monter la puissance à 376 chevaux ! C’est la fameuse XKR qui portera ce moteur incroyable. Il culminera même à plus de 400 ch dans sa cylindrée la plus évoluée de 4.2 

Jaguar XK8

Une réussite pour Jaguar

L’automobile est clairement une réussite. En version coupé ou cabriolet, elle va envahir très vite le marché américain. La firme l’a fait évoluer intelligemment au fil du temps grâce à des habiles restyling. L’XKR reçoit d’abord des ouïes de capot pour se distinguer de sa sœur moins puissante. Aérations très esthétiques qui ne sont pas sans rappeler les louvres de la Type E. Sa grille de calandre est tressée et chromée comme celle des Bentley. Les jantes alu s’élargissent au fil des ans et s’anoblissent pour aller jusqu’aux 20 pouces ! Mais l’auto n’est pas parfaite. Elle souffre de quelques défauts. Une faiblesse chronique des tendeurs de chaîne de distribution qui générera quelques casses moteur. Et sur certains blocs, une détérioration précoce des chemises de cylindres traitées au Nikasil qui entrainera des problèmes de démarrage et des pertes de compression. « Pour le reste, l’auto est indestructible explique Xavier Girault, grand spécialiste Jaguar devant l’éternel  chez XJ garage à Asnières, pour peu qu’on pense à faire vidanger la boite automatique tous les 100.000 km par un spécialiste ZF, qu’on fasse poser des tendeurs de chaine upgradé (ceux des 4.2 l), qu’on vérifie les rotules et les roulements de roue qui s’usent ayant pour effet de dérégler la direction et le couteux système de suspension CATS, vous irez au bout du monde avec cette auto déjà collector dont certains exemplaires atteignent régulièrement les 300.000 km ». Un regret pour les amoureux de musique. Le silence généré par le V8. Sonorité trop discrète que certains passionnés vont transformer en symphonie grâce aux nombreuses lignes d’échappement « libérées » disponibles sur le marché. L’XK8 n’aura régné que quelques années dans sa première version 4 L. Nous reviendrons très vite vous compter l’histoire de sa succession tout alu très vite.

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