Produite durant 28 ans, la Lotus Esprit jouit encore d’une popularité jamais démentie auprès des amateurs de conduite sportive… et des fans de 007. Son cinquantenaire est l’occasion de révéler quelques secrets de sa conception.

Photo de couverture : Lotus Esprit. Crédit : Shutterstock

Lotus Esprit : l'héritage de Colin Chapman

En 1976, Colin Chapman décide de laisser la direction de l’usine Lotus Cars à son fidèle second, Mike Kimberley. L’ingénieur anglais en a assez. Les soucis quotidiens que lui cause la production de voitures sportives, alors qu’il vient de lancer les modèles Elite et Eclat, l’éloignent de sa véritable passion, la Formule 1. Toutefois, même en s’isolant dans le château de Ketteringham Hall du Team Lotus, il ne peut s’empêcher de suivre avec attention le développement de la Lotus Esprit, sa dernière création et, selon Kimberley, la dernière voiture de production à laquelle il se soit personnellement intéressé. C’est au salon de Genève en 1971 que Chapman avait fait la connaissance du designer Giorgetto Giugiaro et son studio Ital Design. L’italien lui avait avoué son désir de dessiner une Lotus, ce qui tombait plutôt bien, Chapman ayant envisagé de remplacer la vieillissante Europa produite depuis 1966. Cette dernière prêtera son châssis, rallongé, sur lequel sera conçu un premier concept car baptisé « Silver car » qui fera sensation sur le stand Ital Design durant le Salon de Londres 1972. Adoubé par Chapman, ce premier prototype est toutefois loin d’entrer en production. Pour des raisons financières, Lotus avait commencé par renoncer à son projet d’un moteur V8 pour se concentrer sur l’étude d’un 4 cylindres 2 litres à 16 soupapes de 160 chevaux, baptisé Type 907 et que l’on retrouvera dans la nouvelle Lotus, placé en position centrale arrière.

Colin Chapman - Lotus
@DR Flickr

Le choix du nom : de Kiwi à Lotus Esprit en passant par "The Red Car"

Si la future Lotus n’a pas encore d’appellation, son allure inspire à Giugiaro le nom de Kiwi, oiseau doté d’un long bec pointu comme le capot de son concept car. Problème, en Angleterre, Kiwi est une marque de cirage bien connue et l’on rappelle en outre au designer que depuis des années, le nom des Lotus commence par un « E ». « Quelques volontaires ont passé le week-end avec un dictionnaire pour dégotter le seul nom sur lequel tout le monde était d’accord : Esprit » raconte le journaliste Jeremy Walton. Mais c’est d’abord sur un second prototype, baptisé « The Red car » qu’une équipe réduite va désormais s’affairer. « Je garde un formidable souvenir de cette période, se souvenait Kimberley, durant laquelle nous restions tard le soir dans le studio de design. Je regardais Colin et Giugiaro, qui s’inspiraient mutuellement, essayant de définir le meilleur angle pour le pare-brise. Sur le prototype, il était à 22° mais nous pensions qu’il fallait le redresser un peu pour des questions de réglementation et de sécurité.»

 

Bolide Britsish, design Italien

Le design de l’Esprit va devoir être revu pour s’adapter au processus de fabrication breveté par Lotus, VARI (Vacuum Assisted Resin Injection). Les carrosseries en fibre de verre sont ainsi moulées en deux parties, collées ensemble par ce procédé, d’où ce joint noir ceinturant la ligne de caisse afin de cacher le collage. Pour réduire encore les coûts, l’Esprit hérite des feux arrière de la Fiat X1/9, des poignées de portes de la Morris Marina et d’une boite de vitesse fournie par Citroën qui se débarrasse ainsi de son stock après l’arrêt de la production de la SM. Ce n’est qu’au Salon de Paris 1975 que la première Esprit S1 est présentée pour être finalement produite à partir de juin 1976. La presse s’avoue emballée par le design et la tenue de route mais elle ne manque pas de regretter que si la vitesse de pointe annoncée est de 220 km/h, elle n’atteint en fait que 200 km/h, tout comme ses deux frangines Elite et Eclat dotées de quatre places et d’un vrai coffre. Le magazine Motor annonce même un 8,4 secondes pour le 0 à 100 un peu décevant. Ça n’empêchera pas 007 de la choisir pour remplacer son Aston Martin dans L’espion qui m’aimait, film auquel Lotus Cars va se faire un plaisir de s’investir totalement en fournissant des carrosseries d’Esprit aux producteurs pour cette fameuse conversion du bolide en sous-marin qui fera beaucoup pour la notoriété du modèle.

Lotus Esprit sous marin, James-Bond. DR : Wikimedia Commons

Tout comme l’apparition de Julia Roberts au volant d’une Esprit Turbo SE dans Pretty Woman en 1990.

La ligne de l’Esprit va s’étoffer au fil des ans et la cylindrée passer à 2,2 litres, peu avant que ne soit lancée l’Esprit Turbo en 1980, dont les premiers exemplaires seront vendus sous la forme d’une série limitée aux couleurs de la compagnie Essex de David Thieme, lancée en grandes pompes au Royal Albert Hall de Londres mais dont seuls 45 exemplaires seront produits sur les 100 prévus. Avec son Turbo Garrett T3 et ses 210 chevaux, l’Esprit Turbo viendra chasser sur les terres des Ferrari 308 et autres Porsche 911.

En 1987, le designer Peter Stevens est chargé de rajeunir, en l’arrondissant quelque peu, le dessin de Giugiaro qui découvre le lifting au Salon Motorfair : « Il s’est approché du stand Lotus, se souvient Stevens. Je me suis dit « malheur, le voilà ! » Mais il m’a passé un bras autour de l’épaule et m’a dit « tu as fait un travail fantastique sur la voiture. » Après de multiples versions, S4, S4S, GT3, Sport 300… et avoir enfin hérité d’un V8 de 3,5 litres et 350 chevaux en 1996, l’Esprit va se faire doucement oublier pour ne plus sortir qu’au compte-gouttes de l’usine de Hethel. Faisant désormais figure de dinosaure face à la virevoltante et populaire Elise, elle s’éteint en 2004 après tout de même 10 675 exemplaires vendus en 28 ans.

James Bond attend toujours la remplaçante.

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